Samedi 7 avril 2007
Message à l'occasion de Pâques
 
Comme chaque année et dans tous les pays du monde,
la grande fête chrétienne de Pâques se  célèbre avec un éclat certain et dans l'ensemble avec une croissante participation. Les médias nous en rendront certainement compte. Elle apparaît spécialement comme la Fête des chrétiens, même s'il ne faut pas oublier qu'existe aussi la Pâque juive.
 
Pâques est le fondement et le cœur de la foi des chrétiens. En effet ceux-ci reconnaissent que ce jour-là le Christ Jésus a vaincu la mort et est Ressuscité. Il révèle dans cet acte quel est le projet de Dieu sur nous, un projet d'amour pour nous faire partager la plénitude de sa vie et pour un accomplissement en Dieu de notre humanité.
 
Mais si les chrétiens mettent leurs énergies pour qu'elle soit la plus significative des Fêtes une fois dans l'année, il n'en reste pas moins que pour eux « Pâques, c'est aussi chaque dimanche » Comme peut encore l'indiquer d'ailleurs le terme en langue française: « dimanche » signifiant « le jour du Seigneur »
 
Le jour où le croyant se rend disponible pour le célébrer dans l'Eucharistie, « cette Pâque hebdomadaire » afin que chacun puisse « éprouver la puissance de la résurrection du Christ » et apprendre à vivre à son tour en ressuscité... en homme nouveau et libre.
 
Comme vient de l'affirmer ces dernières semaines le Cardinal Maradiaga, à Montauban « par l'eucharistie s'assimile pour ainsi dire le secret de la Résurrection. »
 
Ce qui fait que le dimanche n'est pas un jour comme les autres.
 
Le croyant sait qu'il est convoqué ce jour-là par le Christ lui-même pour vivre une autre dimension de son existence humaine et spirituelle.
 
Sa présence au rassemblement de l'Église n'obéit pas d'abord à un précepte, à une obligation imposée. Elle est un témoignage de son idendité de baptisé, de fils de Dieu, de son appartenance au Seigneur et -de sa disponibilité de donner du temps à Dieu dans la rencontre vitale de l'Eucharistie. Par ailleurs dès les origines, les disciples de jésus ont perçu la nouveauté radicale que Pâques et l'Eucharistie dominicale apportaient à la conscience chrétienne et l'influence que cette célébration pouvait exercer sur leur style de vie. A tel point qu'un des plus célèbres martyrs du IIéme siècle, Saint-Ignace d'Antioche a laissé cette recommandation « vivre selon le dimanche » La première forme de nouveauté qui jaillir immédiatement du cœur eucharistique de Jésus est le nouveau commandement de l'amour: « comme je vous ai aimés, vous devez vous aimer les uns les autres. » Ainsi le chrétien se dispose à donner une forme eucharistique à toute sa vie. Il s'engage à suivre le Christ en revêtant ses sentiments vis-à-vis de Dieu et de ses frères les hommes par la pratique de l'amour fraternel à l'égard de tous et de l'amour mutuel comme signe distinctif de la communauté chrétienne. L'eucharistie, en plus d'être une action de grâce pour tout ce que Dieu a fait pour nous, nous provoque à un apprentissage persévérant d'une vie de ressuscités en nous faisant entrer dans un authentique chemin de liberté et de louange et en fortifiant notre capacité d'aimer et de servir nos frères au jour le jour.
 
« Vivre selon le dimanche » entraîne encore, selon une longue tradition, à respecter l'exigence religieuse et anthropologique du repos hebdomadaire. Ainsi « le jour du Seigneur » est-il aussi « le jour de l'homme. », jour de joie, de convivialité, de charité, de relations familiales et fraternelles. Une nouvelle manière de vivre le temps. Il importe de redire l'importance de cet aspect du dimanche comme jour de repos et de gratuité. En effet en beaucoup de milieux son sens a été obscurci sous la pression d'une culture individualiste et matérialiste. Cette pression s'exerce en particulier chez nous en faveur de l'ouverture des magasins le dimanche. Qui ne voit que de telles dérogations portent de très graves atteintes dans divers domaines de la vie personnelle, familiale, sociale et religieuse. Elle efface sournoisement une partie de la « liberté religieuse » surtout vis-à-vis du christianisme qui célèbre ce jour-là la Résurrection du Christ, en rendant plus difficile la pratique eucharistique en mobilisant les gens sur d'autres activités. Mais vis-à-vis de tous, croyants ou non croyants, ce serait une méconnaissance de la composante spirituelle de leur être « de l'homme assoiffé de vérité et de liberté » D'une façon, plus générale seraient remis en cause des équilibres nécessaires du corps, de l'esprit, du cœur. Cette pression cache plutôt une forme d'esclavage moderne de l'utilisation des personnes pour la croissance de la consommation ou sous prétexte de développement économique au détriment de la Vie familiale, de la convivialité gratuite, du besoin d'autres respirations culturelles. Il y a nécessité de préserver les rythmes naturels de l'homme. Il y va également de la protection de lui-même contre les dérives de l'exploitation par le travail. Le Pape Benoît XVI n'a pas manqué de le rappeler avec un certain humour littéraire: « le travail est pour l'homme et non l'homme pour le travail » (Exh. sur l'eucharistie). De ce fait, nous voyons bien que le dimanche n'est pas un jour comme les autres. Il nous revient sans aucun doute d'être vigilants pour que son sens profond ne soit pas édulcoré. Nous pouvons émettre aussi un vif souhait dans la prière pour que « s'élargissent les espaces de la liberté religieuse dans tous les États, afin que les chrétiens, de même que les membres des autres religions puissent vivre librement leurs convictions individuellement et en communauté.
 
Sainte Fête de Pâques.
 
MGR BELLINO GHIRARD
Evêque de Rodez
par Mgr Bellino Ghirard publié dans : Actualités
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