Mardi 20 février 2007

 

LE CHEMIN EST OUVERT...
LETTRE PASTORALE DE CARÊME
 
Nous entrons dans le temps de carême : un temps précieux pour mettre notre vie de croyant au diapason de la volonté de Dieu, et pour bénéficier davantage des grâces de renouvellement de la Pâque du Christ. Précisément le carême commence par nous donner la note qui nous invite à une autre musique que celle que nous interprétons habituellement de manière un peu trop routinière ou avec une certaine lassitude. Lors de la célébration des Cendres cet appel au changement est irréfutable : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle de l'Évangile » Cet appel pour nous se conjugue avec la deuxième étape de « l'Évaluation » Celle-ci n'est pas qu'une relecture rapide de nos comportements et qu'une vérification pour voir si nous sommes localement, personnellement et en tant que communautés, en concordance avec les grandes lignes du projet pastoral diocésain : elle est une véritable expérience spirituelle. Elle comporte donc elle aussi un appel à la conversion et à des changements de regard et de mentalités pour être à la hauteur de la mission qui nous est confiée dans le diocèse AUJOURD'HUI. Ce message de carême voudrait nous mettre dans cette tonalité.
 
UNE RELATION PERSONNELLE AU CHRIST
 
Le premier appel à la conversion porte sur la vérification de notre relation personnelle au Christ. Puisque c'est Lui « la Bonne Nouvelle » Le carême nous donne cette chance de nous orienter avec plus de persévérance vers notre espace intérieur où « demeure » le Christ. Peut-être n'est-il encore qu'à la porte de notre cœur où il persévère à frapper en attendant qu'elle lui soit ouverte. Le Père Maurice Zundel parlait de cet « Evangile intérieur » qu'il est indispensable de connaître et de savourer avant de se lancer à en faire part aux autres. N'est-ce pas ce qui s'est passé lors de l'appel des deux premiers disciples « Venez et voyez » et ils demeurèrent avec Lui ce jour-là. Au bord du puits de Jacob, ce fut pour la Samaritaine une identique aventure : dans un long face à face elle a fini par découvrir que Celui avec qui elle dialoguait était le Messie, le Sauveur du monde.
 
Etre croyant c'est accepter, si possible avec cette même évidence, d'être aimé de Dieu d'avoir du prix à ses yeux et d'être choisi et envoyé avec nos faiblesses et nos limites pour être serviteurs de la Bonne Nouvelle découverte dans ce cœur à cœur avec le Christ. C'est aussi à cette condition que l'Évaluation sera une démarche spirituelle et qu'elle atteindra son véritable objectif : vérifier que les moyens mis en place nous donnent la capacité de mieux annoncer le Christ et donc d'être véritablement missionnaires.
 
Seule cette persévérance dans la prière, la méditation et dans les célébrations liturgiques nous fera entrer dans les sentiments même du Seigneur et dans son ambition de renouveler l'humanité. Nous puiserons ainsi par exemple dans le « Notre Père » cette capacité de faire coïncider notre volonté à celle de Dieu. Il s'agit encore de prendre conscience que Dieu ne se refuse jamais à nous, c'est nous plutôt qui nous refusons à Lui. Le mystique Père Zundel recourt à cette belle image: « la Maison dont les volets sont clos en plein jour est encore dans la nuit.. . Ce n'est pas la faute du soleil ! »
 
Aujourd'hui grâce à la réforme liturgique qui a suivi le Concile Vatican Il nous bénéficions d'un accès plus large au « Pain de la Parole de Dieu » (avec les trois lectures à la messe, avec l'obligation d'accompagner chaque sacrement y compris le sacrement des malades de textes de l'ÉCRITURE). Respectons-nous ces rituels prévus pour porter fruit et lumière. Afin de mieux faire résonner l'Évangile dans notre cœur sont mis à notre disposition divers moyens ou propositions : - par exemple pour préparer la liturgie (« Prions en Église », « Magnificat » ou des documents plus élaborés comme « Signes » etc.) - sont programmées des formations bibliques, des temps de ressourcement... d'adoration eucharistique... des rencontres pour prier le rosaire. Je constate avec joie que les récollections pour les prêtres, les religieuses mais aussi pour les permanents ou les laïcs dans les mouvements ou dans les services sont attendues et généralement bien suivies. Ces temps de ressourcement et d'approfondissement faisaient partie des priorités de notre projet pastoral diocésain : « pour être fidèles au Christ et à son Évangile, aller aux sources de la foi par davantage de formation » « retrouver une foi éclairée pour mieux connaître le message de l'Évangile, les responsabilités des baptisés, la mission des chrétiens. » (1ére priorité). Sont-ils proposés avec suffisamment de persévérance ? Ce point devrait faire partie de l'Evaluation !
Il conviendrait encore de s'interroger sur la présence bénéfique de communautés monastiques sur notre diocèse : nous savons qu'elles prennent en charge la mission dans la fidélité de leur prière incessante. Mais comment ces monastères sont-ils intégrés dans nos recherches spirituelles personnelles ou dans les propositions concernant les enfants catéchisés, les futurs confirmands, les catéchumènes etc. etc. ? Il serait dommage de considérer comme « exempt » leur témoignage et de ne pas s'imprégner de leurs lieux et rythmes de vie.
 
TÉMOIGNER ENSEMBLE
 
Cette conversion à l'Évangile n'est pas que personnelle, elle doit être ou devenir ecclésiale. Car annoncer la Bonne Nouvelle est la responsabilité de toute l'Église avec ses pasteurs et ses communautés elles-mêmes. Nous chantons quelquefois ce cantique: « Peuple d'Évangile appelé à témoigner ». En sommes-nous vraiment convaincus ?
 
Peut-être n'avons-nous pas assez vu que le cœur de l'Évaluation se situe dans cette prise de conscience. Nous sommes tous concernés par la mission : notre projet pastoral rappelait que nous sommes une « Église de partenaires où la mission est l'affaire de tous ». Nous sommes encore plus tous responsables du visage d'Église que nous montrons dans nos relations mutuelles: C'est une autre insistance du projet pastoral: « une Église communion : faire exister des communautés qui soient « signes ». Cette priorité est justifiée par la parole du Christ: « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres que l'on vous reconnaîtra comme mes disciples. » Pour que l'annonce de la Bonne Nouvelle soit crédible il convient de vivre en frères dans une attitude de « confiance et de complicité »
 
Nous nous sommes donnés des instances pastorales au niveau de la paroisse ou de plus grands ensembles qui ont prouvé leur efficacité ailleurs. Mais qu'en est-il chez nous ? Où en est ce partenariat, cette collaboration, cette complémentarité et cette complicité dans la mission ? Cela ne servirait pas à grand-chose si ces divers conseils, équipes d animation, aumôneries, services et mouvements fonctionnaient comme « une coquille vide » ou de manière juxtaposée sans concertation, sans relecture ou révision des engagements, sans prise en compte des situations nouvelles. Ces instances sont voulues pour favoriser l'évangélisation et renforcer la communion.
 
C'est un souci que porte, en ces temps-ci, la Conférence des Évêques de France. Elle a voulu que soit constitué un groupe chargé, autour de Mgr Rouet, d'étudier une meilleure articulation des divers ministères, des charges ecclésiales et des responsabilités au sein de l'Eglise. Car sans cette articulation beaucoup d'énergies pastorales vont se disperser ou ne pas produire tous les fruits escomptés. Pour les pasteurs principalement il y a matière à réflexion et à conversion pour faire confiance, pour déléguer ou pour accompagner autrement les autres acteurs de la mission en particulier les laïcs (membres des conseils ou des aumôneries, catéchistes, animateurs, permanents etc.) Nous devons nous réjouir de constater que cette réforme des paroisses a contribué à mettre en route et en responsabilité de plus nombreux « acteurs » de la mission. Sont-ils encouragés dans leurs engagements, dans leurs vocations propres ? Mais également comment sont-ils réellement associés dans la confiance à la mission de toute l'Église ?
 
Une des « vérifications » les plus décisives concerne notre manière de concevoir et de célébrer le sacrement par excellence de l'unité qu'est l'eucharistie. Comment ne pas rappeler ce qui a été demandé à diverses reprises dans d'autres messages ou dans les lettres apostoliques du Pape Jean Paul Il en particulier dans celle de la « sanctification du dimanche ». « Il nous est demandé de manifester que nos célébrations ne sont pas que des rites, des formalités, des sources de vie, des lieux de fraternité et de communion, qu'elles sont des moments missionnaires. » Et nous-mêmes, Evêques de France, nous disions dans la Lettre aux Catholiques de 1996 qu'il fallait apporter beaucoup de soins pour que les célébrations soient plus accueillantes, plus chaleureuses et plus priantes afin « de rendre presque sensible le salut que Dieu nous offre en venant refaire nos forces pour poursuivre la route ». J'ai pu avoir la preuve dans mes déplacements dans le diocèse que de réelles avancées et de plus constants efforts sont faits dans ce sens par des équipes liturgiques, par des chorales, par les animateurs de la confirmation, par les équipes funérailles. L'Evaluation le fera certainement apparaître comme une avancée et comme une chance supplémentaire pour la Mission.
AU COEUR DU MONDE
 
Enfin nos communautés sont appelées à se convertir à un meilleur service évangélique du monde. La grande figure du Christ se présente sous la forme de deux symboles forts : la figure du Bon Samaritain et celle de l'humble Serviteur au moment du lavement des pieds. A la fin de ce geste inouï le Christ nous a laissé le commandement de l'imiter: « c'est un exemple que je vous ai donné; ce que j'ai fait pour vous, faites-le vous aussi ». Si nous voulons être les disciples authentiques de ce Maître Serviteur s'ensuit l'exigence de revêtir à notre tour la tenue de service. Il est difficile d'effacer de notre esprit et de notre cœur la parabole du jugement dernier dans Matthieu 25 avec ses nombreuses invitations à rendre notre regard plus attentif aux besoins essentiels des autres... à ceux qui ont faim, froid ou soif, à ceux qui sont nus ou étrangers... ceux qui sont malades ou prisonniers. Ces derniers jours le départ de l'Abbé Pierre vers ces « grandes vacances » éternelles a remis en mémoire de tous, son admirable implication pour rendre visiblement actuelle ces paraboles et pour épouser avec vigueur la cause et la défense du frère abandonné ou marginalisé. Cependant comme cela a été relevé cinquante ans après les situations dramatiques demeurent. Et comme l'a reconnu un des compagnons lors de ses obsèques « Le meilleur hommage à rendre à l'Abbé Pierre, c'est de continuer son combat ». Ainsi que je l'écrivais dans l'éditorial du projet pastoral diocésain: « c'est à chacun de nous que revient la tâche de rendre l'Église plus proche, plus attentive, plus solidaire »
 
Si cette interpellation est lancée aux personnes individuellement, elle est lancée aussi à l'Eglise en tant que communauté. Pendant ce temps de carême il serait bon de relire et de méditer à nouveau l'encyclique de Benoît XVI « Dieu est Amour » d'abord dans sa première partie où nous puiserons à même le cœur ouvert du Christ sur la croix son don total et radical, signe d'un amour infini vis-à-vis de chacun de nous. Mais la deuxième partie comporte aussi un intérêt majeur. Nous entendrons le Pape nous redire que le témoignage de la charité est une « tâche de toute l'Eglise ». « L'amour du prochain, enraciné dans l'amour de Dieu, est avant tout une tâche pour chaque fidèle, mais il est aussi une tâche pour la communauté ecclésiale entière, et cela à tous les niveaux » (n°20) « ...pratiquer l'amour envers les veuves et les orphelins, envers les prisonniers, les malades et toutes les personnes, qui de quelque manière sont dans le besoin cela appartient à l'essence même de l'Église au même titre que le service des Sacrements et l'annonce de l'Évangile » (n°22). Le service de l'amour du prochain exercé d'une manière communautaire et ordonnée fait ainsi partie de la structure fondamentale de l'Église elle-même. Nous retrouvons coordonnées ensemble les trois grandes missions de l'Église qui ont servi de trame aux différents questionnaires de l'Evaluation.
 
De la Conférence des Évêques nous avons reçu une autre interpellation qui vient du fond des âges bibliques « Qu'as-tu fait de ton frère ? », mais qui ne sera pas déconnecté par rapport à notre responsabilité citoyenne en cette année d'échéances électorales importantes. Dans ce message nous est rappelée « l'urgence d'une nouvelle fraternité » à construire dans des domaines essentiels de notre vivre ensemble : la famille, la société, le partage du travail, l'accueil de l'étranger, l'environnement, la mondialisation. La fraternité correspond aux exigences de notre foi. Nous ne pouvons pas nous adresser à Dieu chaque jour en lui disant « Notre Père » sans prendre conscience qu'Il est le « Père » de tous les hommes avec lesquels il nous appelle à dire « Nous » en étant solidaires de chacun. La brochure du Carême du C.C.F.D. nous fournit des arguments forts tirés de l'encyclique de Paul VI « Populorum Progressio » dont nous célébrerons le 40e anniversaire en cette année 2007. « Le développement est le nouveau nom de la Paix ». « Combattre la misère, lutter contre l'injustice, c'est promouvoir avec le mieux être, le progrès humain et spirituel de tous et donc le bien commun de l'humanité ». Il ne serait pas inutile d'appuyer nos efforts de carême sur ces convictions du Pape Paul VI: « Économie et technique n'ont de sens que par l'homme qu'elles doivent servir. »
 
Nous voyons que ce temps de carême est le temps idéal pour beaucoup de conversions. Et ces conversions n'ont des chances d'être consolidées que si nous recourons personnellement (et dans une prise de conscience communautaire) au sacrement si bien nommé de Pénitence et de Réconciliation.
 
Un chemin est ouvert pour l'Eglise diocésaine afin d'aller plus loin dans :
- l'approfondissement de notre relation personnelle au Christ
- dans notre capacité d'être des témoins ensemble et des disciples crédibles du Christ au cœur du monde.
 
Telle est notre mission aujourd'hui, que nous vivons déjà dans plusieurs domaines mais que nous sommes appelés à conduire plus courageusement en avant.
 
Je vous donne rendez-vous à Rodez pour la fête diocésaine, le 27 mai 2007, jour de la Pentecôte.
 
Prions dès maintenant l'Esprit Saint de nous donner audace, courage et persévérance afin que nous soyons tous plus fidèles à la mission que le Seigneur nous a confiée.
 
Mgr Bellino GHIRARD
Evêque de Rodez

 

par . publié dans : Lettres pastorales
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