Dimanche 22 octobre 2006

Le mot Eglise vient du grec, il signifie: peuple rassemblé par convocation.

Nous sommes donc l'Eglise: un peuple
vivant convoqué parmi les peuples du
monde pour recevoir, dire, chanter et vivre
l'amour de Dieu en Jésus. Ainsi, ce peuple
est pèlerin des siècles, l'Eglise est toujours
en pèlerinage, en transit, elle est nomade,
elle est en marche.

Si elle s'installe, si elle s'agrippe à ses certitudes, si elle est figée, elle manque sa mission.

Le texte fondamental du concile Vatican Il qui, aujourd'hui, nous permet de mieux comprendre pour mieux vivre en Eglise est la constitution dogmatique sur l'Eglise (Lumen Gentium) promulguée en novembre 1964. Le concile n'a pas voulu inventer une autre Eglise, mais il a cherché à donner un élan pour que l'Eglise soit autre. Ainsi est affirmée la notion de peuple de Dieu: un peuple de frères, communautaire, organisé où chacun a une place unique et une responsabilité.
Un peuple tendu vers la rencontre avec Dieu, un peuple ayant reçu vocation de s'étendre à la totalité du genre humain.

L'Eglise est bien voulue par Dieu. Jésus en est le fondement et pas seulement le fondateur. C'est en nous appuyant sur les paroles et les gestes de Jésus, l'homme de Nazareth, le Christ de Dieu, que nous trouverons la meilleure manière de porter " les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent " (G.S. 1).

Les réflexions contenues dans ces pages peuvent aider à aller plus avant pour entrer dans la grille qui nous est proposée (Eglise en Rouergue n° 15 - 24/09/06), afin d'évaluer et de mieux vivre les objectifs qui sont les nôtres.

1) L'Eglise est chargée de " faire-part ", c'est-à-dire qu'elle doit annoncer la foi en Jésus comme une Bonne Nouvelle.

Nous, communauté de croyants, nous ne sommes pas un club de " gens bien ", triés sur le volet, choisis pour le salut, nous n'existons et sommes rassemblés que pour les autres. Nous devons annoncer une Bonne Nouvelle pour tous et pour tous les temps.

" Allez, enseignez toutes les nations, de tous les peuples faites des disciples, leur apprenant tout ce que je vous ai appris... Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps." (Mat. 28, 19-20)

" Malheur à moi, écrit St Paul, si je n'annonce pas l'Evangile (Bonne Nouvelle) ".

En quoi, pour nous aujourd'hui, cette nouvelle est-elle bonne ? Elle dit le salut, c'est vrai, mais de quoi, en quoi ai-je besoin d'être sauvé ? De quoi, en quoi, ceux que je rencontre, ceux avec lesquels je vis ont-ils besoin et désir d'être sauvés ? La foi chrétienne dit que le salut c'est vivre en plénitude avec le Christ. " Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi ", affirme St Paul.

Ouverte au monde, l'Eglise n'est fidèle que si elle met tout en oeuvre, pour transmettre, de son mieux, le message qui la constitue et la fait vivre: l'amour de Dieu pour tous les hommes.

Nos communautés font l'Eglise. Pour que l'annonce de la Bonne Nouvelle soit crédible, malgré nos pauvretés, nous vivons en frères, rassemblés dans l'amour pour annoncer l'amour de Dieu, révélé en Jésus.

L'Eglise doit parler au monde. Elle a une parole à clamer, une parole exigeante mais libératrice, originale, dénonçant sans compromission les faux dieux (l'argent roi, l'injustice, le désir de dominer... ) auxquels les hommes arrivent à s'enchaîner.

2) La construction de l'Eglise

L'Eglise se construit dans :

A) L'Ecoute de la Parole de Dieu.

B) La célébration des sacrements et la prière

C) L'Evangile vécu au quotidien.

C'est toujours Dieu que l'on célèbre, c'est toujours son amour qui suscite notre louange, c'est toujours le mystère pascal qui est signe ( sacrement ) de notre avenir en Dieu.

Nous connaissons bien la place unique des sacrements pour notre vie de chrétiens dans l'Eglise et dans le monde. A travers eux, le Christ se donne pour que nous puissions nous donner à notre tour.

L'ensemble de la pratique sacramentelle a été approfondi par le concile Vatican 11, en particulier trois éléments qui retrouvent une place primordiale.

A) L'importance croissante de la parole de Dieu

Lors du concile, les réformateurs de la liturgie ont fait un immense travail pour rendre la Parole de Dieu au peuple des croyants. Cela est remarquable dans la manière dont les textes bibliques ont été choisis et donnés comme nourriture. C'est d'autant plus vrai avec le passage à la langue vivante qui permet la compréhension des lectures quotidiennes et dominicales. Ainsi, on retrouve aussi le sens des sacrements Parole et Geste: aucun signe sacramentel ne pourra être proposé sans que la Parole de Dieu ne l'accompagne.

B) La participation du peuple de Dieu

Une participation faite de manière consciente et libre aux actions liturgiques. Une participation favorisée par la préparation des liturgies, pour que tous s'y sentent vraiment partie prenante. Les sacrements ne sont pas hors du temps. Ils atteignent l'homme et les groupes humains dans leur réalité la plus concrète. Désormais, l'accent est bien mis sur la situation de la célébration dans l'histoire et la vie des hommes. Cet aspect de la pratique sacramentelle permet de gagner en vérité pour chacun au sein de la communauté qu'il fréquente. Il entraîne une richesse de diversités qui gêne parfois certains, tant l'uniformité était et demeure confortable et facile.

Les célébrations sont prières communes. La prière est célébration. Qu'elle soit de demande, de remerciement, d'émerveillement pour l??uvre d'amour de Dieu, toute prière, communautaire ou personnelle, tend à ce que la gloire de Dieu soit manifestée. C'est-à-dire qu'à travers tout ce qui nous arrive et qui nous invite à nous tourner vers Dieu, ce soit son amour qui soit reconnu et son initiative chantée. La prière est accueil, ouverture, conversion et force nécessaire pour le chemin à poursuivre.

L'Eglise doit porter la prière des hommes, leurs aspirations spirituelles, leur désir de s'élever et d'avancer vers la Vérité, qui, pour les chrétiens, se reçoit du Christ.


C) L'Eglise vit l'Evangile au quotidien

L'Eglise doit surmonter sa permanente tentation de se replier sur elle-même. Elle doit renoncer à se considérer comme une forteresse. Il n'y a plus d'espace protégé. " L?Eglise (est) dans le monde de ce temps " comme l'affirme et le développe le décret conciliaire. (Gaudium et Spes) Ni en face, ni à côté, ni au-dessus, ni en dehors: c'est au c?ur du monde que se vit l'Evangile et se construit le Royaume.

L'Eglise doit écouter ce monde, les questions qu'il pose, les réponses qu'il trouve, les critiques qu'il lui adresse, le sens qu'il cherche...

L'Eglise est appelée à être signe du Royaume de Dieu au c?ur du monde. Elle s'appuie sur l'Evangile, qui est source de vie, d'épanouissement, facteur de développement de l'homme, de tous les hommes, avec la priorité donnée aux plus pauvres.

L'Eglise est invitée à agir: faire en sorte que prenne corps dans les consciences, dans les c?urs, dans les structures de la société, ce nouvel ordre des choses que Jésus est venu inaugurer. Un monde où chacun pourra avoir sa part de vérité, de justice, d'amour et de liberté.

Ainsi l'Eglise, chacun de nous, est invitée à rencontrer les hommes (de tous âges, de toutes conditions, de toutes cultures) là où ils vivent, pour réfléchir avec eux, pour agir avec eux.

3)  Eglise communion, Eglise institution

Parfois, il semble que ces deux aspects s'opposent ou plutôt qu'ils ne peuvent pas exister ensemble. Or, pour vivre, le peuple de Dieu doit être organisé, mais ce qu'il met en place au sein de l'institution peut et doit évoluer pour permettre la communion entre tous les chrétiens. L?Eglise est un peuple vivant, un peuple en marche, mais jamais Elle ne cessera d'être ce qu'elle est par don: Le peuple de Dieu, le corps du Christ, le temple de l'Esprit.

Peuple de Dieu, corps du Christ, l'Eglise doit être le peuple du: ? Voyez comme ils s'aiment ? (St Jean).

Temple de l'Esprit, Elle doit être le peuple de la prière, de la louange des siècles pour son Dieu.

Dieu seul est maître de l'Histoire. L?Esprit Saint est maître de l'impossible et les chemins de Dieu ne sont pas nécessairement les nôtres. Ainsi se vit l'Espérance qui peut soudain transformer en large voie ce qui n'était qu'impasse. ( Mystère de la souffrance, de la mort... )

La promesse de la vie éternelle, la certitude que notre désir d'aimer et d'être aimé sera totalement réalisé en Dieu, ce qu'on appelle le salut, tout cela n'est pas une prime à la paresse ou à l'inertie. C'est une invitation au Royaume, qui, s'il est don est aussi une tâche. Il y a convergence entre l'avènement du Royaume et tout effort pour libérer l'homme et les peuples dans la communion retrouvée.

L'Eglise nous redit sans cesse, dans le même élan, le vrai visage de Dieu et le vrai visage de l'homme; elle nous relance au fil des jours et au fil des siècles pour les labours, les semailles et les moissons.

On a bien raison de marcher, il faut donc avancer: là est notre place, là est notre rôle.


Didier GRANJOU
Pour l'équipe diocésaine de formation permanente.

par Didier GRANJOU publié dans : LES PAROISSES NOUVELLES Evaluons le chemin parcour
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