Lors de ce dimanche 25 mars, Saint Paul dans sa lettre aux Philippiens, nous rappelle que le g
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avantage du croyant sur cette terre, suite à son expérience personnelle,
consiste dans le fait d'avoir accès à la vraie connaissance du Christ « de ce bien qui dépasse tout » et « d'éprouver la puissance de sa résurrection » (Ph.3/8-10)
Dans cette dernière ligne droite vers Pâques, cette interpellation ne devrait pas nous laisser indifférents. D'autant plus qu'elle prend une dimension encore plus actualisée avec l'Exhortation Apostolique post-synodale du Pape Benoît XVI « sur l'Eucharistie - source et sommet de té vie et de la Mission de l'Église »
En effet, nous sommes certainement convaincus que c'est dans le sacrement de l'Eucharistie que nous pouvons éprouver le mieux cette puissance de la Résurrection du Seigneur.
Le Pape Jean-Paul Il lui-même l'avait attesté dans son Exhortation « l'Église vit de l'Eucharistie » « Dans ce don, Jésus-Christ a livré à l'Église l'actualité pérennisée du mystère pascal » (Eccl. de Euch. N° 15) Il devient ainsi évident que c'est par la célébration et par la fidélité à ce sacrement que nous allons apprendre à vivre en Ressuscités.
Mais ce don n'est pas fait qu'au bénéfice de l'Église et des croyants mais aussi au bénéfice de l'humanité tout entière comme va le déployer le futur congrès international qui se tiendra à Québec du 15 au 22 juin 2008 dont le thème met en relief que « l'Eucharistie est don de Dieu pour la vie du Monde » « L'Eucharistie demeure encore aujourd'hui un ferment de culture et un gage d'Espérance pour l'avenir du monde en voie de globalisation »
À la suite des Pères synodaux qui se sont réunis à Rome en octobre 2005 autour du Pape Benoît XVI nous devons revivifier notre foi, notre spiritualité et notre culture eucharistique. Pour cela, recueillons quelques beaux fruits de leurs réflexions et de leurs convictions que nous restitue si bien cette Exhortation post-synodale.
1 - La vérité de l'Amour de Dieu.
Dès la première phrase de l'Exhortation, Benoît XVI nous provoque à renouveler notre émerveillement devant ce don inouï du Christ « Sacrement de l'Amour, la Sainte Eucharistie est le don que Jésus-Christ fait de lui-même, nous révélant l'amour infini pour tout homme »
« Dans ce sacrement il continue de nous aimer jusqu'au bout » (n°1) Reprenant la conviction forte de l'Encyclique « Dieu, est Amour » Benoît XVI nous confirme que dans ce sacrement de l'Eucharistie « Jésus nous montre en particulier la vérité de l'amour qui est l'essence même de Dieu. C'est cette vérité évangélique qui intéresse tout homme et tout l'homme » (n°2)
L'Eucharistie est donc d'abord « un mystère à croire » Car « il est vraiment grand le mystère de la foi »! Ce devrait être le cri de jubilation renouvelé de l'Assemblée liturgique lorsqu'elle se sent rejointe par ce don « sans mesure »
Sommes-nous à même de reconnaître la vérité et la profondeur d'un tel Amour ? Il y a peut-être des remises en cause de certaines de nos fois attiédies, trop habituées. Savons-nous encore nous laisser saisir intimement par cette merveille qui se passe au milieu de nous ? ... et qui est pour notre salut, car à cet instant la vérité de l'amour éclate dans sa forme la plus radicale.
Comme en avait déjà témoigné le Pape Benoît XVI dans son Encyclique « dans sa mort sur la Croix s'accomplit le retournement de Dieu contre lui-même pour relever l'homme et le sauver - tel est l'amour dans sa forme la plus radicale »
« L'Eucharistie contient en elle cette nouveauté radicale qui se propose de nouveau à nous dans chaque célébration » (n°12) Pour aller encore plus au cœur de cet événement salvifique, Benoît XVI avait utilisé une image moderne pour rappeler que « la conversion substantielle du pain et du vin en son corps et en son sang met dans la création le principe d'un changement radical, comme une « sorte de fission nucléaire » portée au plus intime de l'être. Un changement destiné à susciter un processus de transformation de la réalité, dont le terme ultime sera la transfiguration du monde entier jusqu'au moment où Dieu sera tout en tous » (n°11) C'est incontestablement la source principale de notre apprentissage de vivre en Ressuscités. Car « par l'Eucharistie s'assimile pour ainsi dire le secret de la Résurrection » (Cal Maradiaga à Montauban)
2 - La fraternité du Peuple ecclésial témoin du Ressuscité.
Ainsi que nous le proclamons lors de la prière eucharistique (n°2), l'Eucharistie rassemble, du milieu des hommes, un peuple saint qui appartient au Seigneur afin que la résurrection soit manifestée. On pourrait ajouter : aux yeux de l'humanité entière.
L'Exhortation souligne l'importance du dimanche comme « Jour de l'Église » En effet en ce jour, « tout chrétien retrouve également la dimension communautaire de son existence rachetée » Est ainsi signifiée qu'une des formes eucharistiques de l'existence chrétienne est l'appartenance ecclésiale et communautaire.
Benoît XVI affirme le lien intrinsèque entre l'Eucharistie et la communion ecclésiale.
« L'Esprit Saint invoqué sur le pain et le vin pour qu'ils deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ » est le même qui réunit les fidèles « en un seul corps » faisant d'eux une offrande spirituelle agréable au Père (n°13) « l'Eucharistie est donc constitutive de l'être et de l'agir de l'Église » (n°15)
L'Église vit de l'Eucharistie, mais tout autant l'Eucharistie édifie l'Église comme sacrement de salut : le Peuple qui fait mémoire de la mort et de la Résurrection de son Seigneur devient en quelque sorte sacrement, c'est-à-dire : « le signe et l'instrument de l'union avec le Christ et de l'unité de tout le genre humain » (Concile Vatican II)
La première forme de partage qui jaillit immédiatement du cœur eucharistique de Jésus est le nouveau commandement de l'amour ! « Comme je vous ai aimés vous devez aussi vous aimer les uns les autres » Dans l'encyclique « Dieu est Amour » le Pape proclamait avec force :
« L'union avec le Christ est en même temps union avec tous ceux auxquels il se donne. Je ne peux avoir le Christ pour moi seul; je ne peux lui appartenir qu'en union avec tous ceux qui sont devenus ou qui deviendront siens. La communion me tire hors de moi-même vers lui et, en même temps, vers l'amitié avec tous les chrétiens » (DEA n°14)
Dans ce temps d'Évaluation avons-nous assez vérifié que notre communion ecclésiale et fraternelle est un des plus grands témoignages missionnaires ? « Si vous avez de l'amour les uns pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples » En tout cas c'est un chemin de Résurrection.
3 - La fidélité au « Jour du Seigneur » et liberté chrétienne.
En reprenant la très belle formule de Saint Ignace d'Antioche « vivre selon le dimanche », Benoît XVI nous fait mesurer encore une fois « la nouveauté radicale que l'Eucharistie introduit dans la vie de l'homme et dans la conscience chrétienne » Le Pape précise que les fidèles, dès les origines, ont immédiatement perçu « l'influence profonde que la célébration eucharistique exerçait sur leur style de vie »
« Le dimanche est donc le jour où le chrétien retrouve la forme eucharistique de son existence, selon laquelle il est appelé à vivre constamment » Et on se sent amené à lire la suite « vivre selon le dimanche » signifie « vivre dans la conscience de la libération apportée par le Christ et accomplir son existence comme l'offrande de soi à Dieu, pour que sa victoire se manifeste pleinement à tous les hommes à travers la conduite intimement renouvelée » (n°72)
Les Pères du Synode n'ont pas manqué de rappeler l'importance du précepte dominical comme « source de liberté authentique » (n°73) Le Pape fait chœur avec eux quand il explicite que « perdre le sens du dimanche comme jour du Seigneur à sanctifier est le symptôme d'une perte de sens authentique de la liberté chrétienne et la liberté des fils de Dieu » Mais une telle attitude ne consomme pas non plus avec ce que le sacrement de l'Eucharistie peut apporter « pour l"homme assoiffé de vérité et de liberté » ( n°21)
« Vivre selon le dimanche » entraîne aussi selon une longue tradition à respecter le repos du labeur quotidien. Cet appel a donc une valeur anthropologique. Car le « jour du Seigneur » est aussi le « jour de l'homme », comme « jour de joie, de repos, de charité fraternelle » « De ce jour naît le sens chrétien de l'existence et une nouvelle manière de vivre le temps, les relations, le travail, la vie et la mort » (n°73)
Il importe donc aujourd'hui de ré évangéliser le dimanche, car en beaucoup de milieux son sens a été obscurci sous la pression d'une culture individualiste et matérialiste, de ce fait, il est de notre devoir de dénier toute justification à l'ouverture des magasins le dimanche sous le seul prétexte économique ou sous de fausses allégations de « divertissement » à la manière de Pascal. Cette proposition est bien plutôt une forme d'esclavage moderne de l'utilisation des personnes pour la croissance de la consommation au détriment de la vie familiale, de la convivialité gratuite et de la possibilité de la rencontre vitale du Seigneur ressuscité dans l'Eucharistie.
Le Pape Benoît XVI, non sans humour littéraire, réaffirme la nécessité de la protection de l'homme par le respect du repos hebdomadaire. Car « le travail est pour l'homme et non l'homme pour le travail » (n°74)
4 - Il n'en reste pas moins qu'il y aurait encore à se soucier d'un développement d'une véritable spiritualité et culture eucharistique qui engloberait la vie entière.
« Il faut reconnaître que l'un des effets les plus graves de la sécularisation consiste dans le fait d'avoir relégué la foi chrétienne aux marges de l'existence, comme si elle était inutile pour ce qui concerne le déroulement concret de la vie des hommes » La lettre de Saint Paul aux Romains invite à un changement dans la manière de vivre et de penser (Rom. 12/2)
Il convient encore de se rappeler que l'Eucharistie est « un pain rompu » pour les autres et pour un monde nouveau. Ce sacrement a donc un caractère social (n°89) « Le chrétien laïc en particulier, formé à l'école de l'Eucharistie est appelé à assumer directement sa responsabilité politique et sociale » (n°91) « C'est précisément en vertu du Mystère que nous célébrons qu'il nous faut dénoncer les situations qui sont en opposition avec la dignité de l'homme pour lequel le Christ a versé son sang affirmant ainsi la haute valeur de toute personne. » (n°90)
Il y aurait encore d'autres beaux fruits à cueillir dans cette si riche Exhortation. Mais le temps viendra où ils pourront nourrir aussi nos préoccupations missionnaires renouvelées à la suite de l'Année de l'Évaluation.
Sainte fête de la résurrection!
Mgr Bellino GHIRARD
Evêque de Rodez